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[Histoire courte] Arduinna – Protectrice de l’Ardenne

Nous étions tôt le matin, à l’orée des bois au-dessus de Thilay, dans le massif ardennais. J’avais travaillé tard et je rentrais de nuit, juste avant l’aube. La vallée était magnifique, baignée par la brume d’automne qui me transportait dans un pays légendaire.

Les premiers frimas de l’hiver se faisaient sentir. Je m’imaginais déjà m’allonger dans mon lit chaud. Tout allait bien…

Ma voiture n’était pas de première jeunesse, mais elle ne m’avait jamais lâché. Une brave titine bien entretenue sans histoire qui mangeait ses 30 à 40 kilomètres quotidiens,. Mais ce jour-là, elle avait décidé de prendre sa retraite.

C’est proche du Chêne de la Taille Buffet que mon auto rendait son dernier soupir, à 4 h 30 du matin, au calme et sans avertissement. Mon râle du jour devait ressembler au brame du cerf un jour de fol amour. J’étais alors partagé entre frustration et énervement. Et bien sûr, le réseau de mon portable était aux abonnés absents.

Il fallait prendre une décision rapidement. J’avais toujours un polaire dans le coffre. Je l’enfilais sous mon manteau et je partais vers le village le plus proche en longeant la route. La brume, qui me paraissait tellement merveilleuse dix minutes avant, était devenue la pire de mes ennemies.

Je marchais depuis deux heures maintenant. Le soleil du matin n’arrivait pas à percer la lourde chappe de nuages qui couvraient la forêt, au milieu de laquelle je me trouvais. Et ce n’est absolument pas là où je devais être. J’étais complètement perdu !

Une rencontre

J’étais désespéré. Les heures passaient inéluctablement et jamais je ne retrouvais mon chemin. Je gravissais des pentes, descendais des côtes vertigineuses, aucun chemin ne me ramenait à bon port.

Le soleil était haut dans le ciel et pourtant, j’avais toujours l’impression d’être en pleine nuit. Cette brume insolente m’entourait et m’enveloppait sans jamais me quitter. Elle me voulait du mal et à chaque pas je ressentais son étreinte mal intentionnée.

La journée entière était passée et la nuit commençait à montrer le bout de son nez. Ça faisait maintenant 6 heures que je marchais sans atteindre mon objectif. Et cette brume…

C’est alors, comme un phare côtier au milieu d’une mer sombre, une lueur douce s’invitait dans ces ténèbres. Une forme se dessinait et devenait de plus en plus précise. Je restais immobile comme attendant ma sentence. Mais la brume semblait comme folle. Elle virevoltait autour de la forme et semblait paniquer. J’ai cru même l’entendre gémir !

La brume céda finalement et devant moi, elle se tenait fièrement. Elle me regardait sans mot, juste un sourire mutin. Elle semblait n’avoir peur de personne. Il faut dire qu’elle chevauchait un énorme sanglier aux allures sévères, ça aide. Après un bref instant d’observation, elle fit pivoter sa monture puis commença une lente marche.

J’étais toujours fixé comme un poteau, sans possibilité de comprendre quoi que ce soit. Elle s’arrêta me regarda, toujours souriante comme un regard maternel bienveillant. Autour de moi, la brume m’étouffait de nouveau. Pas le choix, il fallait la suivre. La fatigue avait disparu, j’allais dans sa direction.

Je sentais sa protection et sa puissance comme la force tranquille d’un volcan qu’il suffirait d’une étincelle pour déclencher sa colère. Et cette brume, normalement inerte, le savait. Elle n’aurait pas sa proie ce soir. C’était le sentiment à présent, je venais d’échapper à un démon impitoyable.

Un Retour

Elle était toujours devant moi. S’arrêtant régulièrement pour voir si je tenais le rythme. Au détour d’un chemin, derrière un des milliers d’arbres que j’avais croisés, enfin j’aperçus l’ombre d’un clocher, puis les lumières d’un village. Je m’arrêtais pour me retourner. La brume qui avait gardé ses distances restait sur les pentes abruptes de la montagne.

Quand je me retournai pour remercier ma guide, elle avait disparu, sans bruit et sans trace. Ne voulant pas rester à la merci de cette maudite brume, je me précipitais vers la civilisation sans demander mon reste.

De retour à mon véhicule avec le garagiste du village, je me posais la question de savoir quelle expérience j’avais vécue. Le mécanicien me parlait des légendes et de fées du coin. Nul doute que j’avais croisé l’une d’elles.

Sweat Arduinna

La Déesse Arduinna, la protectrice des Ardennes
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